1 200 guéris, 18 nouvelles guérisons en 24 heures, 83,4 % de contacts suivis : derrière le bilan lourd de Bundibugyo, une riposte qui s’organise et produit des résultats L’épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par la souche Bundibugyo est grave. Elle est même exceptionnelle par sa rapidité, son ampleur et les difficultés qu’elle […]

24 août 2026
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1 200 guéris, 18 nouvelles guérisons en 24 heures, 83,4 % de contacts suivis : derrière le bilan lourd de Bundibugyo, une riposte qui s’organise et produit des résultats
L’épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par la souche Bundibugyo est grave. Elle est même exceptionnelle par sa rapidité, son ampleur et les difficultés qu’elle impose au système de santé congolais.
Mais face aux articles qui présentent essentiellement les décès et concluent à un « naufrage national », une lecture sérieuse de la situation impose de regarder tous les chiffres et toutes les actions de la riposte.
Car derrière les statistiques alarmantes, il existe une autre réalité : des malades guérissent, des patients sont pris en charge, les contacts sont suivis, les zones affectées sont cartographiées et les capacités de réponse sont renforcées.
1 200 personnes ont vaincu Ebola
Le rapport de situation de la riposte au 22 août 2026 fait état de 5 514 cas confirmés, 2 642 décès et 1 200 guéris, avec 808 patients actuellement pris en charge ou isolés dans les structures dédiées.
Un chiffre mérite particulièrement l’attention : 1 200 personnes ont survécu à cette épidémie.
Et au cours des seules dernières 24 heures couvertes par ce rapport, 18 patients ont été déclarés guéris après avoir obtenu deux résultats négatifs.
Quatorze guérisons ont été enregistrées en Ituri, trois au Nord-Kivu et une dans la Tshopo.
Ces 1 200 guéris ne sont pas une statistique secondaire.
Ce sont 1 200 vies sauvées.
La bataille ne se résume pas au nombre de décès
Oui, le nombre de décès est lourd.
Oui, chaque décès est une tragédie.
Mais analyser une épidémie uniquement à travers le nombre de morts revient à ne regarder qu’une partie du tableau.
Une riposte sanitaire doit également être évaluée à travers sa capacité à :
Sur ces différents fronts, des actions sont en cours.
Aucune nouvelle zone de santé touchée au cours des dernières 24 heures
Un élément important du dernier rapport mérite également d’être souligné.
Malgré les 55 nouveaux cas confirmés enregistrés en 24 heures, aucune nouvelle zone de santé n’a été touchée pendant cette période.
L’épidémie reste concentrée dans six provinces : Ituri, Nord-Kivu, Haut-Uélé, Tshopo, Sud-Kivu et Bas-Uélé.
Au total, 57 zones de santé sur 151 dans ces six provinces ont été touchées depuis le début de l’épidémie.
Cette donnée est essentielle pour comprendre la riposte : les équipes disposent désormais d’une cartographie précise des zones affectées et peuvent concentrer les moyens humains, médicaux, logistiques et communautaires là où le risque est le plus important.
L’Ituri reste l’épicentre : les moyens y sont donc concentrés
L’Ituri concentre 83,6 % des cas confirmés cumulés.
Ce chiffre explique pourquoi l’essentiel des efforts reste concentré dans cette province.
La cartographie des cas des 21 derniers jours permet aux équipes de suivre les foyers actifs et d’identifier les zones nécessitant une intervention renforcée.
La surveillance épidémiologique n’est donc pas une simple production de statistiques.
Elle sert directement à décider où envoyer les équipes, où renforcer les structures de soins, où intensifier la recherche des contacts et où déployer davantage de moyens.
Le Ministère de la Santé publie d’ailleurs un dispositif de suivi épidémiologique dédié à l’épidémie de Bundibugyo. (Santé Publique CD)
83,4 % de suivi des contacts : une barrière essentielle contre la transmission
Autre indicateur important : le taux de suivi des contacts atteint 83,4 % dans le rapport du 22 août.
Le suivi des contacts constitue l’une des armes essentielles contre Ebola.
Chaque contact identifié et suivi représente une possibilité supplémentaire de détecter rapidement une contamination, d’isoler un malade et d’éviter qu’il ne transmette à son tour le virus.
Cette activité est particulièrement complexe dans les zones touchées par les déplacements de populations, l’insécurité et les difficultés d’accès.
Elle exige des milliers d’agents sur le terrain, au contact direct des communautés.
Une riposte qui ne reste pas confinée à l’épicentre
Les documents opérationnels montrent également que la réponse s’est structurée dans plusieurs provinces.
Au Nord-Kivu, des missions conjointes de suivi et d’évaluation sont menées dans les zones de santé de Katwa, Musienene et Butembo. Les formations des superviseurs de proximité ont également été lancées dans le pool de Butembo et de Beni.
Dans la Tshopo, les travaux se poursuivent pour renforcer les capacités d’isolement et de prise en charge, notamment avec les unités d’isolement de Madula et Kabondo ainsi qu’un centre de traitement de grande capacité.
Au Bas-Uélé, la coordination avec les médecins-chefs et les partenaires techniques et financiers se poursuit.
Cette organisation démontre une chose : la réponse est pensée à l’échelle nationale et ne se limite pas à l’épicentre de l’Ituri.
Une particularité majeure : Bundibugyo n’est pas Zaïre
C’est probablement l’un des éléments les plus importants pour comprendre cette crise.
L’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, une souche rare contre laquelle il n’existait pas, au début de l’épidémie, de vaccin ou de traitement spécifique homologué.
L’Institut Pasteur rappelle que cette souche ne disposait pas d’un vaccin ni d’un traitement spécifique approuvé. (Pasteur)
Le CDC américain indiquait également en mai qu’il n’existait pas de vaccin autorisé spécifiquement contre Bundibugyo et que le vaccin Ervebo était homologué pour une autre espèce du virus Ebola, le virus Zaïre. (CDC Belgique)
Il est donc scientifiquement incorrect de laisser entendre que la RDC disposait dès le mois de mai d’un vaccin spécifique contre Bundibugyo et aurait simplement choisi de ne pas l’utiliser.
Aujourd’hui, la science avance grâce à la riposte
La situation évolue.
Le 20 août, l’OMS et Africa CDC ont annoncé la mise à disposition immédiate de 70 000 doses d’Ervebo à la RDC.
Mais là encore, la réalité scientifique doit être correctement expliquée : Ervebo est homologué contre la maladie à virus Ebola due au virus Zaïre, et son efficacité contre Bundibugyo chez l’être humain reste incertaine.
Sur les 70 000 doses, 20 000 sont destinées à un essai clinique de phase 3 afin d’évaluer leur impact contre Bundibugyo, tandis que 50 000 sont destinées aux travailleurs de première ligne et aux agents de santé, conformément aux recommandations en vigueur. (Organisation mondiale de la santé)
La RDC ne se contente donc pas de subir l’épidémie : elle participe également à la production des connaissances scientifiques nécessaires pour mieux combattre cette souche.
Une riposte qui mobilise les communautés
La bataille contre Ebola ne se gagne pas uniquement dans les laboratoires et les centres de traitement.
Elle se gagne également dans les communautés.
La confiance, l’acceptation du dépistage, le signalement précoce des symptômes, le suivi des contacts, les enterrements sécurisés et l’adhésion aux mesures de prévention sont déterminants.
L’OMS et Africa CDC soutiennent précisément une approche pilotée avec les communautés, en leur donnant un rôle central dans la réponse. (Organisation mondiale de la santé)
C’est un changement essentiel : les communautés ne sont pas simplement destinataires des messages de santé publique ; elles deviennent des partenaires de la riposte.
Il faut regarder les faits dans leur totalité
Le bilan reste lourd.
Mais voici également les chiffres du 22 août :
5 514 cas confirmés.
2 642 décès.
1 200 guéris.
808 patients pris en charge ou isolés.
83,4 % de suivi des contacts.
18 nouvelles guérisons en 24 heures.
57 zones de santé touchées sur 151.
Aucune nouvelle zone de santé touchée au cours des dernières 24 heures.
Ces chiffres ne permettent pas de dire que la bataille est gagnée.
Mais ils ne permettent pas non plus de dire que la RDC ne fait rien.
La responsabilité, c’est aussi reconnaître les progrès
Il serait irresponsable de minimiser la gravité de l’épidémie.
Mais il serait tout aussi irresponsable de transformer chaque décès en preuve automatique d’un échec global de la riposte.
Une crise sanitaire de cette ampleur doit être analysée avec rigueur.
La RDC fait face à une souche rare, à une transmission rapide, à des zones difficiles d’accès, à des déplacements de populations et à un contexte sécuritaire particulièrement complexe.
Dans cet environnement, la riposte doit constamment s’adapter.
Et elle s’adapte.
Elle surveille.
Elle diagnostique.
Elle isole.
Elle soigne.
Elle suit les contacts.
Elle mobilise les communautés.
Elle renforce les structures.
Elle forme les équipes.
Elle travaille avec les partenaires scientifiques.
Et surtout, elle sauve des vies.
1 200 guéris ne sont pas une note de bas de page.
Ce sont 1 200 familles qui n’ont pas perdu un proche.
Ce sont 1 200 personnes qui ont vaincu un virus particulièrement meurtrier.
Ce sont 1 200 raisons de poursuivre la bataille.
L’épidémie n’est pas terminée. La vigilance doit rester maximale. Mais la vérité doit être complète : en RDC, face à Bundibugyo, il n’y a pas seulement des morts à compter. Il y a aussi des vies sauvées, des territoires surveillés, des chaînes de transmission combattues et une riposte qui continue de se renforcer.